Maladie d’Alzheimer : symptômes, causes et âge d’apparition

Maladie chronique neurodégénérative, la maladie d’Alzheimer continue à faire peur. Causes, âge, symptômes, détérioration… Faisons le point avec le Dr Stéphane Renaud, gériatre et vice-président de l’association France Alzheimer Réunion.

Homme atteint de la maladie d'Azheimer.

« La maladie d’Alzheimer est une maladie chronique, qui touche spécifiquement les neurones de la région temporale, et plus précisément l’hippocampe, précise le Dr Renaud. C’est une maladie dégénérative complexe, qui évolue sur plusieurs années et doit donc être surveillée régulièrement. »

Elle se caractérise par une altération progressive des fonctions cognitives et va causer des désorientations spatio-temporelles, des troubles de la communication, des pertes de mémoire, des troubles de l'humeur ou du comportement.

Quelles sont les causes de la maladie d’Alzheimer ?

« Les causes sont multifactorielles.

La maladie se déclare le plus souvent après 65 ans, et plus particulièrement chez les plus de 75 ans, mais peut parfois survenir avant, entre 40 et 60 ans. On parle alors de forme d’Alzheimer précoce.

Pour autant, la maladie d’Alzheimer ne correspond pas à un vieillissement normal.

La cause principale est un dysfonctionnement des neurones qui est du à une accumulation de peptide toxique autour et à l’intérieur de la cellule, et qui conduit à leur destruction.

L’apparition de la maladie et son évolution, peuvent aussi être influencées par différents facteurs :

  •  des facteurs cardiovasculaires (qui touchent le cœur et les artères), dont les principaux sont la sédentarité, l’obésité, une hypertension artérielle mal contrôlée, un diabète mal stabilisé, une hypercholestérolémie, etc.
  •  une absence d’interactions sociales, la solitude,
  •  le fait que la personne ne voie pas et n’entende pas (désafférentation),
  •  une mauvaise qualité de sommeil : le sommeil fait partie du processus de mémorisation, permet d’ancrer les souvenirs, mais aussi de planifier, d’anticiper les actions à venir,
  •  les suites d’un infarctus cérébral passé inaperçu ou d’un AVC, lors desquels les grosses artères du cerveau peuvent être abîmées.

Les causes héréditaires, sont très peu fréquentes, et même quasiment inexistantes (1,2 à 2 % des cas, selon l’Inserm, NDLR). Ces formes familiales se déclarent en général avant 65 ans. »

Maladie d’Alzheimer et démence : quelles différences ?

« La démence sénile n’existe simplement pas, il faut comprendre que la Maladie d’Alzheimer et les Maladies apparentées sont des démences de différents types selon l’origine qui s’expliquent par une cause neurologique et non psychiatrique » rectifie le gériatre. Ainsi, la maladie d'Alzheimer est une forme de démence mais elle n'est pas la seule : il en existe d'autres.

Comment la maladie d’Alzheimer agit sur le cerveau ?

« La maladie d’Alzheimer est le fait d’une réduction de la taille de l’hippocampe (le « siège de la mémoire », NDLR). Cette dégénérescence altère ensuite progressivement les autres fonctions, car les extrémités des neurones (les synapses) sont défaillantes et transmettent mal les informations à stocker dans le cerveau. »

Symptômes d'Alzheimer : décrypter les premiers signes

« Les symptômes sont divers et variés selon l’âge de la découverte de la maladie, son stade (voir plus bas, NDLR), les éventuelles pathologies associées, et la personne. La dégénérescence et les lésions cérébrales vont altérer certaines facultés cognitives, ce qui va entraîner une réduction de l’autonomie intellectuelle et physique.

L’atteinte caractéristique dans la maladie d’Alzheimer est la mémoire, fonction qui interagit avec d’autres : le langage, l’attention, la concentration, l’orientation dans le temps et l’espace, la reconnaissance, les gestes, etc.

On peut donc remarquer :

  •  des oublis portant sur des faits récents (casserole sur le feu, code de carte bleue…)
  •  le « manque du mot » (qui est différent du « mot sur le bout de la langue », qui finit par revenir),
  •  la perte de repères dans l’espace, qui se traduit par des problèmes d’orientation dans les lieux,
  •  la perte de repères dans le temps (la personne ne sait pas quel jour, quel mois, ou en quelle année on est),
  •  la perte d’attention et de concentration qui se traduit par des difficultés à réaliser des tâches un peu compliquées comme le calcul mental, la conduite automobile, etc.,
  •  des difficultés à suivre des discussions, des émissions de télévision, le fil d’un livre,
  •  des difficultés à reconnaître les émotions chez les autres.

Selon le stade de la maladie, certains troubles du comportement peuvent apparaître, comme la dépression, l’anxiété, la fugue, la déambulation (déplacement sans but), des gestes moteurs aberrants, des idées délirantes, dont le syndrome de persécution, ou des troubles débouchant parfois sur une agressivité.

Ces symptômes peuvent s’accompagner d’une anosognosie, c’est-à-dire d’une impossibilité de reconnaître sa maladie : absence de prise de conscience ou prise de conscience amoindrie des troubles.

Il faut comprendre que c’est la maladie qui agit et qu’il est difficile et souvent inutile d’essayer de convaincre ou de raisonner la personne. Il est préférable d’accepter, de contourner la difficulté, et de modifier son regard sur la personne.

Par ailleurs, les signes ne doivent pas être banalisés par la famille. Dans tous les cas, c’est le changement et l’écart avec les capacités d’avant qui est important. », alerte le Dr Renaud.

Comment évolue la maladie ?

« À chaque stade de la maladie, des fonctions s’altèrent, en proportion et en nombre.

Au stade léger, l’hippocampe est atteint à 25 % : la personne est capable de tout faire, a juste quelques oublis, qui ne se remarquent pas forcément au quotidien.

Au stade modéré, la taille de l’hippocampe est encore plus réduite (atrophie), les fonctions de concentration, de langage, de situation dans le temps et l’espace sont altérées. Cette altération a un retentissement dans le quotidien et nécessite une aide et une organisation au quotidien.

Au stade sévère, le retentissement est important, du fait de la baisse des fonctions cognitives. La question du maintien à domicile se pose.

Au stade très sévère, la personne peut être confinée au lit ou en fauteuil, elle est presque au stade de grabatisation. Elle peut parfois aussi avoir des troubles de la déglutition qui peuvent entraîner une déshydratation, ou des problèmes pour s’alimenter, expliquant qu’une perte de poids survienne lentement. »

Comment diagnostique-t-on la maladie d'Alzheimer ?

« Il faut être très prudent.

Si on se plaint de la mémoire, il faut d’abord aller voir son médecin traitant, qui nous adressera si besoin à un neurologue ou à un centre de la mémoire, notamment si la plainte est persistante et inquiétante.

Le diagnostic ne pourra être porté qu’après avoir relevé un faisceau d’arguments, après plusieurs examens :

  •  un bilan biologique,
  •  une I.R.M. cérébrale ,
  •  un bilan neuropsychologique approfondi qui va, grâce à des tests, évaluer les fonctions cognitives.

Ces examens, ajoutés à la connaissance de l’histoire du patient, des antécédants médicaux, de son traitement, de ses facteurs de risques cardiovasculaires, à un examen clinique complet, et éventuellement associés à une ponction lombaire, permettent de porter un diagnostic fiable.

Selon la personne, la maladie peut se manifester avec diverses nuances et expressions. Pour mieux communiquer avec le malade, le personnel médical doit prendre le temps et s’attacher à mieux connaître le patient, sa généalogie, son histoire vécue, ses traumatismes, etc. Il est souvent utile d’obtenir des précisions sur la personne malade auprès de ses proches.

Il ne faut pas hésiter, quand on n’est pas certain d’avoir le bon diagnostic, à consulter un centre de la mémoire (présent dans les 4 Centres Hospitaliers de l’île.)

À l’annonce du diagnostic, le patient peut rencontrer plusieurs phases :

  •  le déni, qui peut entraîner la colère,
  •  une forme de dépression, due au deuil de la vie d’avant,
  •  et enfin l’acceptation.

Le rôle du médecin est d’informer loyalement le patient, lui faire comprendre ce qui lui arrive. Il peut aussi informer la famille, si le patient l’accepte. Il est important de faire comprendre à l’entourage que le patient est atteint d’une maladie chronique et qu’il va peut-être falloir s’en rapprocher et l’aider au quotidien, et ce plus qu’auparavant. »

Peut-on guérir de la maladie d’Alzheimer ?

« On ne peut pas guérir de la maladie d’Alzheimer mais il existe des possibilités de la ralentir, de la stabiliser, afin de maintenir la qualité de vie de la personne qui en est atteinte. Et ce maintien de la qualité de vie, du patient comme de ses proches aidants, se prépare : il est indispensable d’anticiper son vieillissement, à son domicile si c’est possible, puis dans un habitat inclusif ou en établissement spécialisé afin de préserver la santé des proches aidants, qui risqueraient de s’épuiser.

Selon le stade de découverte de la maladie, il faut aller plus ou moins vite dans la prise en charge et la conduite du projet de vie, mais il faut néanmoins respecter la temporalité de chacun. Il est vraiment important de préparer l’avenir.

En plus de la réadaptation neurologique, il faut prévoir un accompagnement psychologique. Il est indispensable de considérer la totalité de l’individu, tant sur le plan médical que sur le plan de familial et dans son environnement.

Les chercheurs étudient par ailleurs des pistes thérapeutiques innovantes pour agir plus précocement sur la maladie, ralentir son évolution, voire l’empêcher de progresser.

Quelle espérance de vie avec Alzheimer ?

« Dans le cadre d’une maladie d’Alzheimer qui évolue sur environ une dizaine d’années, l’espérance de vie résulte de l’avancée de la maladie au moment du diagnostic.

On ne décède pas réellement de la maladie d’Alzheimer mais de ses complications, au premier rang desquelles la pneumonie (si le patient a des difficultés à déglutir entrainant des risques de fausses routes), les chutes (les patients ont tendance à s’affaiblir physiquement) ou les fractures osseuses. »

Maladie d’Alzheimer : quelles aides possibles ?

Pour tout connaître sur les aides et prises en charge disponibles à La Réunion, les principaux portails d’information :

  • L’association France Alzheimer Réunion : écoute, accueil et renseignements ; soutien psychologique et formation des aidants ; stimulation cognitive des personnes atteintes de la maladie, etc. - 0262943020,
  • Le Groupement d’Intérêt Public pour le développement des Services d’Aide à la Personne (GIP-SAP), qui porte la plateforme de soutien et d’accompagnement des proches aidants La Réunion des aidants : 0800 53 00 02 (appel gratuit du lundi au vendredi de 9h à 16h).
    (Voir aussi l’article Maladie d’Alzheimer à La Réunion : symptômes, diagnostic, conséquences et prises en charge),
  • Le collectif MND&co (pour Maladies Neuro Dégénératives), qui accompagne les personnes atteintes de maladies neurodégénératives et leurs proches (éducation thérapeutique du patient, aide aux démarches des aidants, coordination de consultations mémoire libérales…), 0693 97 38 92

« C’est la somme de tous ces dispositifs, de l’accès aux consultations mémoires, de tous les moyens humains, du travail des aidants familiaux et professionnels, d’un environnement agréable, serein et bienveillant qui va contribuer à maintenir l’autonomie de la personne le plus longtemps possible. », conclut le Dr Renaud.

La maladie d’Alzheimer à La Réunion

  • environ 10 000 personnes atteintes à La Réunion*
  • dont 50 % ne seraient pas encore diagnostiquées*
  • 4 500 Réunionnais pris en charge pour maladie d’Alzheimer et apparentées (2016)**
  • 1ère cause de dépendance lourde du sujet âgé et 1ère cause d’entrée en institution en France***

sources :

* Association France Alzheimer Réunion 

**Tableau de bord Les maladies neurodégénératives à La Réunion, septembre 2019, Observatoire Régional de la Santé Océan Indien 

*** OPEPS

Publié le 10 juin 2022

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