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Plongée, baignade : comment prendre soin de ses oreilles ?

Profiter des eaux de La Réunion pour barboter, nager, découvrir les fonds marins : un vrai bonheur… qui mérite quelques précautions ! Restons à l’écoute des conseils du Dr Masseguin, Chef de service de médecine hyperbare du CHU Sud.

Plouf, plouf : gare au otites

Piscines, bassins et rivières sont à portée de maillot et ne demandent qu’à nous accueillir : profitons-en… Oui, mais en toute sécurité ! « Il y a un risque infectieux (otite externe) si les eaux sont stagnantes et un peu chaudes. Les baignades dans l’océan peuvent aussi générer un risque d’otite externe, [appelée otite du baigneur, NDLR], surtout lorsqu’on y va souvent », explique le Dr Masseguin.

Comment reconnaître l’otite externe ?

Il s’agit d’une infection du conduit auditif qui se traduit par une douleur intense à l’entrée de l’oreille, accompagnée de démangeaisons et d’une sensation d’oreilles bouchées.

Comment l’éviter ?

« En prévention de ces otites, on peut :

  • se rincer les oreilles à l’eau douce après la baignade
  • se mettre de l’alcool boriqué ou de l’huile d’amande douce dans les oreilles avant et après la baignade. L’alcool boriqué absorbe l’eau et a un effet antiseptique. L’huile d’amande douce, quant à elle, amène un film protecteur pour que l’eau ne se dépose pas dans le conduit auditif ». Concrètement, il suffit d’incliner la tête, de déposer quelques gouttes d’alcool boriqué dans le conduit auditif et de maintenir la tête penchée 5 minutes pour le laisser agir. On élimine ensuite l’excédent en penchant la tête de l’autre côté. L’huile d’amande douce s’applique de la même manière, sans besoin de laisser agir : il faut simplement s’assurer qu’elle tapisse bien le conduit auditif.
  • porter une cagoule ou un bandeau en néoprène qui limitera la pénétration de l’eau dans les oreilles (à fortiori si l’eau est chargée en plancton, sable, vase… et si les immersions sont répétées)

« Il est important également d’éviter un usage excessif des cotons-tiges : ils doivent être utilisés uniquement sur la partie externe de l’oreille, jamais dans le conduit auditif, sinon on enlève le cérumen qui le protège, met en garde le Dr Masseguin.

Comment la soigner ?

On file chez son médecin ! Il nous prescrira un traitement différent selon qu’elle est due à des bactéries ou à des champignons, nous proposera un anti-douleur si besoin et pourra nous retirer un éventuel bouchon de cérumen.

Plongée mal gérée : attention danger

« En apnée comme en plongée bouteille, le grand risque est le barotraumatisme du tympan [traumatisme du à une variation trop rapide de la pression extérieure, NDLR]. Cela touche souvent les plongeurs novices qui ne savent pas équilibrer leurs oreilles », y compris dans les premiers mètres. Beaucoup plus grave il peut y avoir barotraumatisme de l’oreille moyenne, qui correspond à une manœuvre de pression plus violente. En plus du tympan, on peut alors abîmer la cochlée (organe sensitif de l’audition) ou le système vestibulaire ».

Comment reconnaître un barotraumatisme ?

Dans le cas d’un barotraumatisme du tympan, « les conséquences vont de la douleur jusqu’à la perforation tympanique, qui peut entraîner des troubles de l’audition réversibles pendant quelques jours jusqu’à un mois ».

Si la cochlée est abimée, on peut « souffrir d’une atteinte auditive grave, pas toujours récupérable ». Et lorsque c’est le système vestibulaire qui est atteint, on s’expose à « des troubles de l’équilibre, des vertiges, des vomissements etc. »

Comment l’éviter ?

Pour le prévenir il est important d’effectuer la manœuvre expliquée par le moniteur pour équilibrer la pression entre la trompe d’Eustache et la fosse nasale : « C’est la manœuvre de Valsalva, qui consiste à se pincer le nez et souffler fort, lentement, par le nez. Il est donc capital de bien écouter les explications du moniteur et de lui signaler toute douleur dès qu’on la ressent. La douleur n’est pas normale et il ne faut jamais forcer sur une oreille qui ne passe pas ! À ce moment-là le moniteur arrêtera la descente et remontera un peu ». En revanche, on n’effectue jamais la manœuvre de Valsalva en montant.

« Lorsque que l’on est enrhumé (rhinite, sinusite, etc.) la trompe d’Eustache devient perméable et la manœuvre de Valsalva impossible. On ne peut donc pas équilibrer. Ce qui signifie qu’on ne doit pas plonger quand on est enrhumé », précise le Dr Masseguin.

Comment le soigner ?

Là encore, on file sans hésiter chez le médecin ! Selon les symptômes et la gravité du traumatisme, il pourra nous administrer un traitement décongestionnant et/ou antibiotique, ou nous orienter vers un ORL. En cas de lésions sévères, il faudra peut-être envisager une intervention chirurgicale.

Plonger puis grimper : la mauvaise idée

Les variations d’altitude, en modifiant la pression de l’air, peuvent également entraîner des problèmes. On peut monter en altitude avant une plongée mais il faut prendre des précautions pour l’après-plongée, sous peine d’un accident de désaturation, ou accident de décompression : « l’azote accumulé au cours de la plongée s’évacue mal et passe sous forme gazeuse dans le corps. Il peut alors y avoir un problème de désaturation dans le système vestibulaire.

Comment reconnaître un accident de désaturation ?

Les symptômes peuvent se déclarer immédiatement, alors qu’on est encore dans l’eau, comme dans les heures qui suivent la plongée : fatigue, maux de tête, troubles de l’équilibre, vertiges, nausées, vomissements, etc. parfois accompagnés d’une perte d’audition et de bourdonnements.

Comment l’éviter ?

  • suivre les indications de remontée lors de la plongée (paliers de décompression)
  • attendre 3 à 4 heures avant de monter au-delà de 300 m d’altitude
  • ne pas dépasser les 600 m d’altitude avant 24 heures

"Donc on ne monte pas au Maïdo, et on ne prend pas l’avion dans la journée qui suit une plongée !" prévient le professionnel.

Comment le soigner ?

Une prise en charge par des professionnels de santé est indispensable, et ce dès l’apparition des symptômes de l’accident. On est alors mis sous oxygène ou placé en caisson hyperbare pour une « recompression ».

Anatomie simplifiée de l’oreille

Pour simplifier, le conduit auditif externe relie le pavillon de l’oreille au tympan. On y trouve le cérumen, cette « cire d’oreille » protectrice qui constitue une barrière contre l’eau et pousse vers l’extérieur poussières, squames, etc.

Le tympan, fine membrane souple, sépare l’oreille externe et l’oreille moyenne. Il communique avec les fosses nasales et la gorge via la trompe d’Eustache.

La trompe d’Eustache fonctionne comme une valve qui équilibre la pression de part et d’autre du tympan (elle s’ouvre naturellement toutes les 2 ou 3 minutes ou lorsque l’on déglutit ou que l’on baille)

Dans l’oreille interne, on trouve le système cochlée-vestibulaire, qui rassemble la cochlée, organe sensitif auditif, et le système vestibulaire, système sensoriel de l’équilibre.

Source

Entretien de février 2020 avec le Dr Thomas Masseguin, Chef de service de médecine hyperbare du CHU Sud