Alcool
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Quels sont les effets de l'alcool sur le stress, le sommeil et la dépression ?

Les réponses de Jacques Navon, psychologue clinicien du CSAPA - Centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie du réseau Oté.

Est-ce que l’alcool permet de se détendre réellement ?

Jacques Navon (JN) : Beaucoup de gens boivent de l'alcool pour tenter de réduire leur stress ou leur état d’anxiété. Alors oui, c'est apaisant au début car l’alcool agit comme un léger anti-dépresseur. Cette sensation est réelle et a une explication scientifique. Dès les premières gorgées, l’alcool va libérer de la dopamine : le neuromédiateur du plaisir !

Mais croire que boire de l’alcool va résoudre ou faire oublier ses problèmes est une croyance fausse et dangereuse. L’alcool est un faux-ami, il nous piège par l’euphorie qu’il provoque dès les premières gorgées : on se sent joyeux, frivole... C’est justement cette sensation de bien-être éphémère qui est trompeuse ! En recherchant ce sentiment de bien-être, on va boire de l’alcool plus souvent et de manière excessive. Un sentiment de grande vulnérabilité va alors naître et remplacer ce bien-être temporaire. C’est l’un des nombreux pièges de l’alcool.

D'ailleurs, le mot alcool vient de l’arabe "Al khôl" qui signifie "sublimer le regard". Et c’est exactement cela : l’alcool est un maquillage, il est trompeur car si l’on pense qu’il sera la “solution”, il va devenir le problème (consommation excessive).

 

L'alcool favorise-t-il le stress ou la dépression ?

JN : Boire un verre pour décompresser ce n’est pas très grave. C’est le réflexe d’utiliser l’alcool comme un allié contre le stress qui pose problème ! Il faut comprendre que notre cerveau fonctionne par apprentissage et par conditionnement. Si notre cerveau retient que l’alcool a un effet apaisant, il aura tendance à toujours associer l’alcool avec un sentiment de bien-être.

Plus on va consommer régulièrement, plus on active ce conditionnement du cerveau : " Pour me sentir apaisé, je dois boire ". Et plus ça va, plus on va augmenter la dose ! Le problème, comme pour la dépression ou l’anxiété c’est que si l’on utilise l’alcool pour gérer son stress, on va se sentir incapable de le gérer seul !

Au lieu de nous aider, l’alcool lorsqu’il est utilisé comme auto-médication contre le stress ou le mal-être, va dégrader notre estime de soi et notre confiance en soi. Ces sentiments négatifs vont créer un stress supplémentaire. C’est un cercle vicieux.

Notre société est source perpétuelle de stress, c’est pourquoi il est important que chacun s’arme d’outils qui lui correspondent pour éliminer son stress différemment : à travers la méditation, l’activité physique, la lecture d’un bon livre, etc.

 

Une personne dépressive a-t-elle plus de risques de devenir alcoolique ?

JN : Vous savez, c’est l’histoire de la poule et l’œuf : qui des deux est arrivé en premier ? Comment savoir si c’est le fait d’être alcoolique qui a développé une forme de dépression ou si la dépression a rendu la personne plus vulnérable à l’alcoolisme ?

On sait en tout cas d’après les études épidémiologiques que l’alcool ne protège pas des troubles dépressifs, bien au contraire, il induirait une certaine vulnérabilité, en particulier chez des personnes déjà fragiles à savoir entre autres :

  • Les adolescents
  • Les personnes victimes de traumatismes psychiques plus ou moins sévères (agression, violence, perte d’un proche…)
  • Les personnes ayant vécu un sentiment d’échec (perte d’un emploi, etc.)
  • Les malades chroniques (diabétiques, insuffisants cardiaques etc.)
  • Les personnes âgées de 60 ans et plus


Chez ces personnes, l’alcool va développer des sentiments négatifs tels que de la vulnérabilité, de la rancœur, un sentiment d’échec et de la tristesse ressentie même en étant alcoolisé.

Si la fragilité psychologique à certains moments de la vie peut rendre plus vulnérable aux dangers de l'alcool, quels conseils pouvez-vous donner pour surmonter les moments difficiles ?

JN : Tout le monde peut passer par un épisode dépressif au cours de son existence, c’est inhérent à la vie qui est faite d’aléas, de moments de bonheur mais aussi d’échecs, de douleurs ou de remises en question.

D’où l’importance de l’éducation à la santé : les gens doivent apprendre à gérer ces épisodes douloureux d’une manière qui leur convienne. Nous devons tous acquérir des compétences psychosociales. C’est à dire la capacité à maintenir un état de bien-être mental face aux épreuves de la vie courante.

L’OMS définit les compétences psychosociales comme “la capacité d'une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C'est l'aptitude d'une personne à maintenir un état de bien-être mental, en adoptant un comportement approprié et positif à l'occasion des relations entretenues avec les autres, sa propre culture et son environnement."

Ce "comportement approprié et positif" peut être :

  • La pratique d’un sport qui va libérer de l’endorphine en grande quantité. Les endorphines sont des neurotransmetteurs qui agissent comme des anti-douleurs naturels. Ils procurent du plaisir et un état d’euphorie passager. En plus du bien-être ressenti, c’est également un moyen de retrouver une confiance et une estime personnelle et même de ressentir une fierté dans le dépassement de soi.
  • Le fait de sortir de son isolement en parlant de ses sentiments à notre entourage : à un proche, à un médecin, à un infirmier scolaire chez les plus jeunes.
  • D’autres plaisirs simples comme la musique, la lecture, la méditation, les balades en nature peuvent également s’avérer de puissants alliés pour apaiser certains maux de l’esprit.

L’alcool a-t-il un impact sur notre sommeil ?


JN : Oui, l’alcool perturbe le sommeil ! Si boire de l’alcool peut faire dormir plus vite, il va surtout le dégrader. Le sommeil sera entrecoupé (envie d’uriner, agitation, déshydratation...), et sera donc moins réparateur : on va se réveiller encore fatigué.


Pourquoi notre sommeil est entrecoupé après avoir bu de l’alcool ?


JN : Notamment parce que durant la nuit, grâce à une hormone appelée vasopressine, qui est anti-diurétique, nous arrivons la plupart du temps à ne pas avoir envie d’uriner. Or, l’alcool va perturber cette hormone. C’est pourquoi nous nous réveillons régulièrement pour uriner lorsque nous avons bu.

Par ailleurs, la plupart des personnes dépressives rencontrent déjà des problèmes de sommeil. Combiner cela avec de l’alcool ne fait évidemment pas bon ménage.

 

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L'alcool et vous

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