Alcool, tabac, zamal : comment j'en parle à mon ado ?

Quelles sont les drogues consommées par les ados réunionnais, quand dois-je m'inquiéter, et comment aborder la question à la maison ? Les réponses de Jacques Navon, psychologue spécialiste des addictions chez les adolescents.

Ils sont accro à quoi les ados Réunionnais aujourd'hui ?

Principalement aux drogues licites : alcool et tabac, mais il y a aussi une forte banalisation du zamal à La Réunion. Il y a bien sûr les écrans : téléphones, jeux en ligne, consoles de jeux... Et puis après, dans une part un peu moindre, les médicaments détournés de leurs usages et certaines drogues comme la MDMA, l'ecstasy. Enfin, il y a des utilisations marginales de drogue comme la chimique.

Les conduites à risque, c'est un passage obligatoire à l'adolescence ?

Cette question divise. On peut dire qu'à ce stade de son développement, le cerveau n'est pas encore mature. L'instance de contrôle ne s'est pas encore mise en place et l'adolescence est donc propice à l’expérimentation. Mais l’expérimentation ne doit pas se transformer en usage régulier. Si c'est le cas, il faut se rapprocher des professionnels des conduites addictives pour en parler. 

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À quel moment je m'inquiète de sa consommation ?

Lorsque le caractère de l'adolescent va vraiment changer par rapport à celui que l'on connait. Quand vous allez constater un repli de l'ado sur lui-même : désocialisation, baisse de la communication, sautes d'humeur... Cela peut être aussi une inversion du rythme avec des ados qui vont se mettre à vivre la nuit et dormir le jour. Après, il est difficile d’apprécier un usage régulier et une crise d'adolescence qui pourrait être mouvementée. Le meilleur conseil c'est donc de se rapprocher de son médecin généraliste ou d'un centre de soin en addictologie. Les parents qui hésitent peuvent demander de l'aide à des professionnels et on saura toujours leur répondre. Ces consultations sont gratuites et anonymes.

Comment je lui parle de son addiction ?

Par rapport à l'addiction, parents et ado vont avoir des discours contraires : l'ado va banaliser et les parents vont dramatiser. Or, si chacun s'enferme dans ces logiques, on va observer des conduites de radicalisation et cela ne fonctionnera pas. Le mieux c'est de parler naturellement des choses. Apprendre, en tant que parent, à évoquer les conduites à risques, que ce soit en matière de sexe, d'alcool, de drogues etc., sans tabou. Il faut tout faire pour que l'adolescent sache qu'il peut s'adresser à un adulte s'il est en difficulté. Sinon, il risque de rester enfermé en lui ou de demander conseils aux mauvaises personnes.

Le mieux, c'est donc de parler sans tabou, sans se radicaliser, sans faire appel à la loi et en essayant de savoir quelle fonction cela peut remplir dans la vie de l'ado : il a une raison de consommer. Cela ne veut pas dire qu'il a raison, mais il faut avoir accès à cette raison pour l'aider.

Quelle réaction je ne dois surtout pas avoir ?

La même réaction qu'il ne faut pas avoir avec tout être humain dans un rapport de communication : la radicalisation, la domination, partir du principe que je suis détenteur de la vérité. La bonne réaction, c'est toujours d'être dans une communication éclairée, une ouverture d'esprit, et de savoir identifier ses limites. Quand on atteint ses limites en tant que parent face aux problématiques psychologiques ou psychiatriques de son enfant, mieux vaut se tourner vers des professionnels.

Jacques Navon est psychologue clinicien à la Kaz’Oté, et spécialisé dans les problématiques d'addictions chez les adolescents

Article publié le 30 septembre 2019